L’accord qui sera demain à Washington entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda est présenté comme un mécanisme de normalisation ou de coopération économique et sécuritaire, mais suscite de nombreux débats pour la sécurité à l’Est de la RDC . Officiellement, il vise à renforcer la stabilité, à améliorer les échanges et à réduire les tensions persistantes entre les deux pays. Mais au-delà des discours diplomatiques, une question centrale demeure : qui tirera le plus grand bénéfice de cet accord, tant sur le plan économique que politique ? Sur le plan économique, plusieurs éléments laissent penser que les gains ne seront pas équitablement répartis entre les deux pays. Le Rwanda, disposant d’une structure étatique plus centralisée et d’une stratégie économique claire et de la souplesse , pourrait tirer rapidement profit des échanges commerciaux facilités, du transit des biens, et éventuellement de l’accès aux ressources congolaises, notamment minières. Les entreprises rwandaises, soutenues par leur gouvernement, savent exploiter les opportunités régionales avec efficacité. À l’inverse, la RDC, malgré son immense potentiel, souffre d’une faiblesse chronique dans la gestion de ses ressources, d’un déficit d’infrastructures et d’un appareil étatique moins organisé. Cela crée un déséquilibre dans la capacité des deux pays à transformer les opportunités en bénéfices réels. Les élites politiques et économiques dans les deux pays peuvent également tirer leur épingle du jeu. Elles sont souvent les premières bénéficiaires des accords bilatéraux, surtout dans des contextes où la transparence est limitée. Dans certains cas, les arrangements conclus en coulisses au nom de la paix à l’Est de la RDC par des puissances étrangères permettront à des groupes influents d’accéder à des marchés, à des exemptions, ou à des positions stratégiques. Là encore, la population congolaise et principalement de l’Est de la RDC reste en marge des bénéfices annoncés. Sur le plan politique, l’accord peut renforcer la légitimité des dirigeants en place. Pour la RDC, la signature d’un accord pourrait être présentée comme une volonté d’apaisement et de recherche d’une solution régionale face à l’insécurité persistante dans l’Est du pays. Pour le Rwanda, cela peut être interprété comme une réussite et une reconnaissance diplomatique qui accroît sa stature régionale et internationale, malgré les controverses liées à son implication présumée dans le conflit en RDC. Politiquement, les deux gouvernements peuvent utiliser cet accord pour consolider leurs positions internes, mais cela ne garantit pas un impact positif sur la sécurité des populations de l’Est du Congo . Au-delà des gouvernements, les acteurs économiques transfrontaliers, tels que les réseaux de commerce informel, bénéficieront probablement de la fluidité des échanges. Cependant, ces flux économiques profitent rarement aux communautés locales sur le long terme tant que l’insécurité, le manque de contrôle étatique et l’absence de mécanismes de redistribution persistent. En définitive, l’accord RDC–Rwanda risque de profiter davantage : aux élites politiques qui renforcent leur image et leur pouvoir, aux entreprises et investisseurs proches desdécideurs, au Rwanda, dont la stratégie économique proactive lui permet de transformer rapidement les opportunités en avantages tangibles, et dans une moindre mesure, à certains acteurs économiques transfrontaliers Les populations de l’Est de la RDC, premières victimes des conflits, pourraient encore une fois rester les moins bénéficiaires, surtout que cette population continue à subir les bombardements et à vivre dans la pauvreté, pendant que les facilitateurs et signataires de l’accord tirent profit des minerais et autres ressources stratégiques, à moins qu’un véritable engagement en faveur de la transparence, de la sécurité et de la redistribution soit mis en place. Selon vous, pensez-vous que cet accord de Washington va – ti-l résorber la crise à l’Est de la RDC et stopper les avancées du M23 sur le terrain?